Formateurs, de quoi parle-t-on ?
Source : Education Permanente N° 164 Septembre
2005
et fiche APCE " Entreprendre dans le domaine
de la formation professionnelle "
Version 1 – YLG - 10 janvier 2006
Sommaire
Nommer, qualifier, répertorier, compter même les formateurs ne s’avère pas chose facile. Plus de 72 appellations différentes se répartissant selon 2 polarités fonctionnelles : intervention pédagogique ou organisation. Des typologies sont censées mettre un peu d’ordre dans ce fouillis. Leur nombre montre que la figure du formateur d’adultes pose problème !
Depuis les années 80, on parle plutôt des métiers de la formation car la dénomination formateurs est ambiguë, malheureuse, dévaluée et a beaucoup de mal à être comprise par les utilisateurs.
Depuis 1982, les professionnels de la formation sont pris en compte dans deux catégories de la nomenclature des professions et catégories socio-professionnelles (PCS) de l’INSEE.
La catégorie des formateurs et animateurs de formation continue (code 42 ;32) est classée dans le groupe des instituteurs et assimilés parmi les professions intermédiaires.
La catégorie des cadres spécialistes du recrutement, de la formation (code 37.22), au sein de la catégorie des cadres, professions intellectuelles supérieures.
Ainsi identifiés, les agents de la formation ont connu une explosion démographique :
42 500 en 1983 ; 174 000, en 2002. Leur population s’est transformée : féminisée et vieillie.
Ils exercent leur activité dans 45 900 organismes de formation (en 2002) dont 8 900 à titre principal et 36 000 à titre secondaire. Environ 10 000 O.F. sont des formateurs indépendants.
Un quart des O.F. actifs en 2002 ont moins de 2 ans d’existence.
Un tiers des O.F.font 90 % de l’activité (en chiffre d’affaires). Ce sont ceux qui font plus de 150 K€ de C.A.
Les clients, en 2002, sont les entreprises (44 %), l’Etat (20 %), les Collectivités territoriales (10 %), les autres administrations (8%), les ménages (3%)
Niveau de formation très dispersé
En France, travailler dans le champ de la formation des adultes en tant que formateur, conseiller en formation, responsable de formation ou tuteur en entreprise ne nécessite ni formation initiale ni diplôme spécifique, hormis certaines grandes institutions de formation qui ont leur propre système de formation initiale. Une étude conduite en 2003 en Midi-Pyrénées montre que la moitié des formateurs n’ont jamais suivi de formation, même très courte, relative à leur métier et que les 3/4 n’ont pas de diplôme de formateur mais 50 % souhaiteraient pouvoir suivre une formation diplômant, à la fois pour obtenir une reconnaissance identitaire professionnelle et pour développer leurs compétences.
Scheffknecht (1975) : " Est formateur toute personne accomplissant un travail de formation s’adressant à des adultes ".
Le niveau des agents de la formation ne cesse de s’élever mais reste dispersé. Beaucoup de formateurs sont des autodidactes. L’autodidacte est celui qui se forme de façon informelle, seul, en groupe ou en réseau mais en dehors des institutions éducatives, sans finalités d’acquérir un diplôme.
S’agit-il d’un groupe professionnel ?
Divers dans leurs savoir et leur qualification, dans leurs conditions d’accès au métiers, les formateurs constituent-ils un groupe professionnel ? Pour répondre à cette question, il faut examiner les modes de représentation du groupe, ses capacités de mobilisation, ses capacités à se faire reconnaître ainsi que la place prise par chacun des segments qui le composent et leur articulation. Il faut analyser la profession comme un mouvement social (Strauss 1992)
Une étude sur le DUFRES (diplôme d’université de formateur responsable d’actions de formation – Avignon, Montpellier, Nice…) montre que 3 thèmes dominent les mémoires de fin d’étude : le changement, l’évaluation et l’accompagnement des publics en insertion professionnelle et sociale. Ainsi, les formateurs ne se vivent plus, depuis la fin de années 70 comme les conservateurs de valeurs, de gestes, de connaissances issues des expériences des générations passées mis plutôt comme des promoteurs d’innovations, passeurs de la modernité, empreints de l’esprit managérial : améliorer les compétences, ajuster les comportements.
Au sein du groupe professionnel des formateurs d’adultes, un ensemble d’intervenants se sont spécialisés dans la formation de base de publics peu ou pas scolarisés et faiblement qualifiés. La lutte contre l’illettrisme est en effet inscrite dans la loi d’orientation de lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998. Diversité des profils, éclatement des missions, pluralité des savoirs professionnels mis en jeu, variabilité des contextes de travail. La polymorphie, voire la turbulence du secteur de la formation de base nuit à la professionnalisation d’un métier qui cherche son chemin vers l’innovation et la créativité en cherchant à éviter les pièges de l’uniformisation techniciste.
D’autres, nombreux, se situent dans le champ du travail social, notamment l’orientation et l’insertion.
Certains formateurs développent une expertise de contenus. D’autres garantissent plutôt un processus.
Par exemple, le modèle formation-organisation vise la mise en place, dans l’entreprise, d’une organisation apprenante, un processus formatif, capable de produire de la compétence.
Dans un environnement mouvant et incertain, priment souplesse et réactivité ; la prescription détaillée des tâches devient impossible. Globalement, davantage d’exigences à l’égard des salariés, davantage d’autonomie des équipes et des individus, autocontrôle, tâches complexes, résolution d’imprévus, travail en équipe...
Une organisation capable de maîtriser les évènements doit intégrer, pour chaque poste et chaque métier, le principe d’autonomie de décision. Les compétences s’acquièrent face aux évènements à condition qu’au delà de l’action, il y ait une place au recul réflexif permettant de dégager l’essentiel de l’anecdotique. Les relations entre pairs et la confrontation au sein d’un collectif de travail contribuent à la réalisation d’une performance collective et acquisition de compétences individuelles.
La formation-organisation est une démarche qui articule formation et situations de travail pour réinvestir en permanence les acquisitions dans l’organisation. Groupes à géométrie variable, contenus construits au fur et à mesure, évolution de l’organisation, coopération à tous les niveaux, pilotage et régulation.
L’intervenant détermine le cadre et crée les conditions de l’apprentissage ; il devient un facilitateur-médiateur. Son intervention exige un profil de consultant-formateur dont les compétences vont au delà de la pédagogie et de la stricte expertise de contenu. Ce type d’intervention, requiert en outre une position de tiers, une distance par rapport aux acteurs permettant de questionner les pratiques et d’éviter d’être pris dans les jeux d’acteurs. Il doit être capable de réaliser un diagnostic, d’élaborer un cahier des charges, de mobiliser des personnes ressources, de résister aux demandes classiques du client, d’accompagner une démarche collective qui débouche sur des propositions d’organisation.
FORMATEUR/FORMATRICE
Animateur de formation - Chargé de formation - Formateur - Formateur de formation professionnelle - Moniteur de formation.
Assistant de formation - Coordinateur de stage - Coordinateur formateur - Coordinateur pédagogique - Formateur consultant - Formateur-professeur - Formateur technique - Instituteur-maître formateur - Moniteur en centre de formation d'apprentis (CFA) - Professeur en centre de formation pour adultes.
Transmet des savoirs ou des savoir-faire à des publics adultes. Evalue les résultats pour réajuster les contenus et suivre le déroulement des opérations. Dans certains cas, participe à la conception des outils pédagogiques, adapte les méthodes nécessaires ou expérimente. Met en œuvre, éventuellement, le plan de coordination et de régulation des activités, des actions et des filières. Peut assurer, en fonction d'une demande et des besoins des entreprises, une intervention relevant du domaine de sa spécialité (assistance technique, participation à un projet, études ...). Suivant le niveau de responsabilités, peut animer une équipe de travail et participer au recrutement des collaborateurs et au choix des intervenants.
Formateurs, une nébuleuses aux compétences, aux pratiques et aux conditions d’exercice très diverses dont le foisonnement rend difficile l’identification d’un métier.
Formateur-consultant, est-ce plus resserré, plus facile à cerner ?
Un vaste chantier !
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